Limites et criticités actuels des PHEV : émissions réelles vs données officielles

Prise de recharge branchée sur un hybride rechargeable

Sur le papier, l’hybride rechargeable a tout pour plaire. Une batterie à recharger pour les trajets du quotidien, un moteur thermique en secours pour partir loin, et des chiffres d’émissions qui semblent presque miraculeux. C’est précisément pour cela que les PHEV (Plug-in Hybrid Electric Vehicles) ont été présentés comme une technologie de transition “intelligente” : on électrifie une partie des usages sans imposer une rupture totale.

Le problème, c’est que l’efficacité environnementale d’un PHEV ne dépend pas seulement de sa fiche technique. Elle dépend de ce que font réellement les conducteurs (recharge ou non, trajets courts ou longs, autoroute, froid, conduite). Et quand on met les données réelles à côté des valeurs d’homologation, l’écart devient difficile à ignorer. On ne parle pas d’une petite différence de laboratoire. On parle d’un changement d’ordre de grandeur.

Une technologie intermédiaire souvent surestimée

Le principe du PHEV est simple : un moteur thermique, un moteur électrique, et une batterie suffisamment grande pour rouler en mode zéro émission locale sur une partie des trajets. Dans un scénario idéal, le conducteur recharge souvent, roule beaucoup en ville ou en périurbain, et utilise le thermique surtout pour les longues distances.

Dans les cycles d’homologation (WLTP), ce scénario est très favorable aux PHEV. Ils peuvent afficher des émissions basses (souvent autour de 30 à 40 g de CO₂/km). Ces chiffres ont servi de vitrine : ils donnent l’impression d’une réduction massive des émissions par rapport à une voiture essence ou diesel équivalente.

Mais l’homologation repose sur des hypothèses (part d’utilisation électrique, profil de conduite, conditions) qui ne ressemblent pas toujours à la vraie vie. Et c’est là que le débat commence : une technologie “intermédiaire” peut être très pertinente… mais seulement si elle est utilisée comme prévu.

Pour bien situer de quoi on parle, un PHEV n’est pas une électrique “avec un petit moteur en plus”. C’est une architecture spécifique, souvent comparée (à tort) à celle d’une voiture électrique moteur, alors que la logique d’usage et les compromis techniques n’ont rien de comparable.

Des émissions réelles nettement supérieures aux valeurs officielles

Recharge d’un hybride rechargeable sur borne publique

Les premières données collectées à grande échelle en Europe (notamment via des dispositifs de mesure embarqués) ont mis en évidence un écart important entre les valeurs homologuées et les émissions observées sur route. En clair : en usage réel, beaucoup de PHEV émettent bien plus que ce que laisse penser la fiche WLTP.

On retrouve un schéma récurrent : des émissions réelles qui peuvent être plusieurs fois supérieures aux valeurs de laboratoire, et des gains par rapport à un thermique comparable qui existent… mais restent bien plus modestes que la promesse initiale. Dit autrement : le PHEV n’est pas “inutile”, mais il est souvent “moins vert” qu’imaginé, faute d’un usage aligné avec son concept.

Les rapports disponibles au niveau européen vont dans ce sens. Un document rattaché à la Commission européenne a notamment mis en avant des écarts très significatifs entre les chiffres issus des cycles d’homologation et ceux observés sur route.

Pourquoi cet écart apparaît (et pourquoi il est logique)

1) Une part d’usage électrique plus faible que prévu

Dans les tests, la part de roulage électrique est élevée. Dans la vraie vie, elle dépend d’une routine. Il faut recharger. Souvent. Et pas “quand on y pense”. Or une partie des utilisateurs n’a pas de solution de recharge simple (pas de prise à domicile, pas de borne au travail, recharge publique jugée contraignante, logement collectif…). Résultat : la batterie se vide, et le PHEV bascule en thermique… en transportant un poids supplémentaire (batterie + système hybride).

Et surtout, les scénarios WLTP s’appuient sur des hypothèses de roulage électrique qui peuvent atteindre 70 % ou plus des kilomètres parcourus. Sur le terrain, c’est rarement aussi “propre”, parce que tout dépend de l’accès à la recharge et de la discipline de l’utilisateur.

Le PHEV se retrouve alors dans une situation paradoxale : il ressemble à une voiture “plus lourde” qui roule comme un thermique, donc avec une consommation qui remonte.

2) Le moteur thermique se réactive plus souvent qu’on ne le croit

Même batterie pleine, le moteur thermique peut s’allumer dans plusieurs cas : forte demande de puissance, vitesse élevée, accélération soutenue, chauffage en hiver selon les architectures, ou stratégie de gestion moteur/batterie propre à chaque modèle. Sur autoroute, par exemple, beaucoup de PHEV ne restent pas “électriques” très longtemps, ou privilégient une gestion hybride.

Ce n’est pas un défaut en soi. C’est une conséquence d’une architecture qui doit concilier performance, agrément, sécurité et longévité. Mais cela éloigne encore un peu plus les émissions réelles du scénario WLTP “très favorable”.

3) Des cycles d’essais trop optimistes face à la réalité du trafic

Embouteillages en ville (trafic saturé / stop-and-go)

Un cycle d’homologation ne reproduit pas les bouchons de lundi matin, les trajets courts à répétition, les redémarrages à froid, les variations de température, les charges, les reliefs, ni les rythmes de conduite très hétérogènes. Or c’est précisément dans ces situations que l’écart se crée : un PHEV peut être excellent sur un trajet “type”, et nettement moins performant sur un usage réel “désordonné”.

Ce que cela change concrètement (et pourquoi ce n’est pas qu’un débat technique)

Une perception parfois erronée chez les conducteurs

Beaucoup d’acheteurs pensent réduire fortement leur empreinte carbone en passant à un PHEV. Et c’est vrai… si le véhicule est rechargé fréquemment, et si l’usage quotidien colle à une logique “électrique d’abord”. Mais si la recharge devient occasionnelle, ou si le véhicule sert surtout pour des longs trajets, l’effet réel devient beaucoup plus limité.

Le risque, c’est l’auto-illusion : croire qu’on a “fait le bon choix écologique”, alors qu’on roule la plupart du temps en thermique (avec le surpoids du système hybride). Le bénéfice existe encore, mais il n’a plus rien à voir avec la promesse initiale.

Un effet d’aubaine dans les objectifs réglementaires

Les chiffres d’homologation ont longtemps permis aux constructeurs d’afficher des moyennes CO₂ plus basses, ce qui aide à respecter des objectifs européens. Quand l’écart entre test et route est trop grand, l’instrument perd en crédibilité : le modèle “fait gagner des points” sur le papier, mais pas autant dans l’atmosphère.

Ce point est sensible, mais central : une politique publique ne peut pas fonctionner durablement si ses indicateurs s’éloignent trop de la réalité.

Un biais possible pour les décisions publiques

Si les données officielles ne reflètent pas l’usage réel, on subventionne, on encourage et on planifie sur une base faussée. Cela ne veut pas dire qu’il faut “interdire” les PHEV, mais qu’il faut mieux distinguer les cas où ils ont du sens (recharge fréquente, usage quotidien compatible) de ceux où ils deviennent une solution de compromis qui n’apporte qu’un gain marginal.

Sur ce sujet, certaines organisations mettent clairement les pieds dans le plat. Transport & Environment, par exemple, souligne que les hybrides rechargeables peuvent émettre plusieurs fois plus de CO₂ que les tests officiels en conditions réelles.

Alors, que signifie vraiment “mobilité écoresponsable” avec un PHEV ?

La conclusion la plus honnête est simple : un PHEV n’est pas écologique “par défaut”. Il est potentiellement plus sobre, mais seulement si certaines conditions sont réunies. Trois facteurs font la différence.

D’abord, la fréquence de recharge. Un PHEV rechargé tous les jours (ou presque) peut réellement réduire ses émissions, surtout sur des trajets courts. Ensuite, le profil d’usage : si l’électrique couvre l’essentiel des kilomètres quotidiens, le concept fonctionne. Enfin, l’infrastructure : sans accès simple à la recharge, le PHEV perd son intérêt environnemental et devient un hybride lourd.

Autrement dit : ce n’est pas la technologie qui garantit le résultat. C’est l’usage.

Vers une communication plus honnête des performances environnementales

Pour rendre la transition crédible, il faut resserrer l’écart entre promesse et réalité. Cela passe par des évaluations qui intègrent davantage de données issues du terrain, et par une information plus claire pour les conducteurs : quels bénéfices attendre, dans quels scénarios, et à quelles conditions.

Il y a aussi un enjeu de cohérence : si l’objectif est de réduire les émissions à l’échelle du parc, il faut encourager non seulement des technologies, mais des comportements compatibles (recharge, usage urbain, optimisation des trajets). Sans cela, on obtient une “écologie déclarative” : très bonne sur brochure, très moyenne dans la vraie vie.

Technologie oui, mais avec données fiables

Les PHEV restent une solution intéressante dans une période de transition, notamment pour certains profils (gros rouleurs mixtes avec recharge possible, entreprises, conducteurs urbains avec accès simple à une prise). Mais les données réelles rappellent une évidence : l’efficacité environnementale est très dépendante des usages, et souvent bien moindre que ce que suggèrent les tests standardisés.

Si l’on veut parler sérieusement de mobilité durable, il faut sortir du réflexe “technologie = solution automatique”. La réduction des émissions se joue aussi dans la transparence des chiffres, la qualité des mesures, et la façon dont les véhicules sont utilisés au quotidien.

Rédigé par
La Rédaction
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